Le Canada se voile volontairement les yeux...


Au Canada, plusieurs entreprises offrent des safaris nordiques à de riches touristes asiatiques qui, en échange de plusieurs milliers de dollars repartent avec soit une tête d'ours en guise de trophée de chasse ou une peau d'ours ou encore des parties telles que les dents ou griffes qui ont sans doute quelques propriétés magiques...


Nous sommes donc très loin d'une chasse à des fins de subsistance.  Une partie de l'information sur les safaris nordiques étant accessible sur internet, on ne peut donc jouer à l'autruche sans avoir de bonnes raisons.

Quelques mois plus tard, soit en juillet 2013: un document publié par Environnement Canada ''Conservation de l'ours blanc'' expose la position du Canada à l'encontre du changement de statut de l'ours polaire.  Portez une attention spéciale à ce qui est en caractère gras.


Extrait du document exposant la position du Canada: ''L’ours blanc et la CITES''

L’inscription à l’Annexe 1 est généralement réservée aux espèces que l’on sait faire l’objet d’un commerce international ayant, ou étant susceptible d’avoir, un effet préjudiciable sur la situation de l’espèce. À l’heure actuelle, l’ours blanc ne remplit pas les critères d’inscription à l’Annexe 1 de la CITES. Environ 2 % de la population canadienne d’ours blancs fait l’objet d’un commerce international (soit 300 ours annuellement), et les exportations à partir du Canada n’ont pas augmenté au fil des ans. Le commerce de l’ours blanc découle de la chasse à des fins de subsistance et non de la chasse à des fins commerciales. Les quotas de capture sont établis en fonction des principes de conservation et de manière à assurer la subsistance des peuples autochtones; ils ne sont pas dictés par les forces du marché. Une inscription à l’Annexe 1 ne présenterait aucun avantage sur le plan de la conservation.

De plus, l’ours blanc ne remplit aucun des critères biologiques qui justifieraient de l’inscrire à l’Annexe I. Pour être inscrite, une espèce doit être « menacée d’extinction », et pour être considérée comme telle, elle doit remplir au moins un des critères suivants : la population sauvage est petite; la population sauvage a une aire de répartition restreinte; un déclin marqué de la population a été observé ou est prévu. On estime que la population actuelle d’ours blancs compterait de 20 000 à 25 000 individus à l’échelle mondiale. L’ours blanc n’a pas une petite population sauvage, son aire de répartition n’est pas restreinte et aucun déclin marqué de la population n’a été observé. 

Le commerce international ne constitue pas une menace pour l’ours blanc et pour le moment l’espèce ne remplit aucun des critères biologiques qui justifieraient de l’inscrire à l’Annexe 1.

Fin de l'extrait.

Commerce de l'Ours Blanc : le marché asiatique en hausse mais le Canada se voile les yeux...

Rappel de quelques faits.  En mars 2013, la CITES a rendu son verdict: le commerce de l'ours polaire ne sera pas interdit. Telle est la décision prise par les 126 pays participants à la conférence de Bangkok.   La proposition mise de l'avant par les États-Unis à l'effet que l'ours blanc soit transféré de l'Annexe II de la CITES à l'Annexe I (liste des espèces les plus menacées dont on interdit le commerce international des peaux et produits dérivés) a été rejetée (42 contre; 38 pour ; 46 abstentions).  


Le Canada a voté contre cette proposition.  Bien que la CITES admettait alors que la demande des marchés asiatiques était en hausse pour les peaux, dents et griffes de l'ours polaire elle n'a pas eu la volonté semble-t-il, de convaincre les pays récalcitrants à adopter la proposition des États-Unis.  Ceci était donc en mars 2013.

Chasse à des fins de subsistance ou Chasse Commerciale?


Les droits ancestraux doivent être respectés pour les peuples autochtones, nous en convenons.  Cependant, il y a une marge entre chasse à des fins de subsistance et chasse commerciale qui en réalité ne profitent qu'à quelques individus, soit les propriétaires des entreprises offrant les safaris nordiques.  Ceci à part des tueries effectuées à partir d'hélicoptère et des captures d'ours vivants pour la vente à des zoos européens. 

Lien pour le document  d'Environnement Canada:
http://www.ec.gc.ca/Publications/14C22559-9427-4476-9D85-E783E03106B8/ConservationDeLOursBlancAuCanada.pdf  



         Tel que déjà mentionné, ce n'est pas la fin de la bataille...38 pays ont voté pour la proposition: il y a de l'espoir! 


                                  Commerce de l'ours blanc (Ursus maritimus): le marché asiatique est en hausse...

                                                                      Que fait le Canada? il se voile les yeux...



Campagne ZSF: Agir pour l'ours polaire
(cet article a été publié le 4 août 2013)

Johanne Leclerc, éthologiste
                                                                         © Zoologistes Sans Frontières, 2016

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Commerce de l'ours blanc (Ursus maritimus): le marché asiatique est en hausse...